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Si je vous dis « borrekas »….. Oui, qu’est-
Un premier grumeau s’annonce chez ma mère – la cuisine chez nous passe par les femmes, qui ne le sait – chez ma mère, on ne dit pas borreka mais borrekita. C’est moins anodin qu’il n’y paraît. Car si les borrekitas de mi madre n’étaient ni plus petites ni plus grandes que celles de Claire,, de Marie ou d’autres, elles n’en étaient pas moins légitimes ni (surtout, surtout) délicieuses.
Mais tout ce qui était bon était rapetissé, chez nous. Rapetissé mais multiplié comme les kiftikas, boulettes de viande et non pas boules. Rapetissé mais abondé, comme le ragoût d’épinards, allongé de maizena et de lait, succulent au point de faire aimer les épinards à tous les enfants du monde.
Donc les borrekitas. Plat de fête, magique. Une pâte qui s’était pétrie, façonnée, farcie, cuite toute seule. La borrekita fara da se.
J’avais fini par ranger la borrekita au rang des miracles. Jamais je n’en ai réussi
la pâte. Trop collante ou trop dure, friable ou cassante. Elle fait mon désespoir
chaque fois que je me risque à la courtiser. Le génie de la pâte à borrekita est
capricieux. Génie, qu’est-
Tu es tiède mais roide. Nos relations sont mal engagées, je le crains. Le rouleau à pâtisserie t’effraie. Tu te rétractes, te défiles, te brises plutôt que de t’allonger, t’ étirer, t’assouplir comme sous d’autres doigts tu sais le faire. Tu me désespères, génie de la pâte à borrekita !
Pour la farce, ça va. J’aime faire grésiller la peau des aubergines, à cru sur la flamme. Ca s’avachit, se boursoufle. J’aime les éplucher, plein de noir sous les ongles, mais le parfum, ah le parfum !!! Après, j’écrase et puis les petits cailloux tout blancs du quezo blanco et puis un œuf et puis mon secret, trois gouttes d’huile d’olive. Mmm. La farce sera bonne.
Pourquoi ne l’aimes-
Si je vous dis borrekas, que répondre ? Jusqu’à aujourd’hui, pour moi, la borrekita reste une idée.
Mireille MAZOYER-